Les insectes à larves xylophages, quelques élements sur leur cycle biologique

La notion d’insectes à larves xylophages (ci après « ILX ») est une notion du langage courant qui regroupe dans un même ensemble une multitude d’insectes dont les larves vivent dans le bois et s’en nourrissent. Sur le plan entomologique, cette notion n’a pas vraiment de sens. Si les ILX appartiennent tous, comme la plupart des insectes,  à la super classe des ptérygotes (insectes ailés au moins en partie), ils sont pour autant présents dans des ordres aussi divers que ceux des coléoptères, des hyménoptères ou encore des isoptères… Il n’y a donc pas plus de points communs entre  un capricorne et un sirex, deux xylophages bien connus, qu’entre une guêpe et une coccinelle.

 

La notion d’ILX est donc une notion artificielle qui a l’avantage de centrer l’analyse par rapport aux dégâts causés sur le bois et aux enjeux qui en découlent.  De ce point de vue, cette notion débouche sur une distinction entre les insectes s’attaquant aux bois vivants encore sur pied et ceux qui s’attaquent au bois de construction. Seuls ces derniers seront appréhendés, le but de cet « article » étant d’apporter des éléments d’information permettant de mieux protéger nos habitations.

 

Par ailleurs, les termites seront volontairement exclues du champ de ces informations pour trois raisons. La littérature est assez abondante s’agissant de ces insectes extraordinaires, eusociaux, mais également responsables de graves dégâts. Cette gravité et la spécificité de leur mode de vie impliquent un comportement prudent et un appel systématique à des entreprises spécialisées dans leur destruction. Enfin, les termites ne sont pas à proprement parlé des ILX dans la mesure où les adultes se nourrissent du bois. 

 

Enfin, les informations relatives aux caractéristiques morphologique, anatomique et physiologique de ces insectes ou de leurs larves seront le plus souvent occultées. Certes, les xylophages comptent des espèces locales bien connues, assez bien identifiées et observées par les passionnées ou les professionnels du bois. Ceci étant, l’entomologie est encore dépourvue d’une analyse systématique de référence et n’a toujours pas surmonté le défi préalable de symbolisation de la réalité, défi qu’elle affronte depuis presque 250 ans. Ainsi, le travail de classification longtemps abandonné face à la complexité d’un monde qui dépasse notre imagination, s’il  reprend progressivement, n’en reste pas moins subsidiaire. Ca et là, on se réapproprie ce sujet dans les domaines de l’environnement, de la biologie (critères phylogénétiques de classification), de la médecine, de l’agriculture, de l’éthologie et même de la criminologie. L’espoir que ces approches subsidiaires suscitent un regain d’intérêt pour l’entomologie en tant que telle est donc permis mais ne suffit pas à rendre fiable l’établissement de caractéristiques propres à chacune des familles sur la base de degré de similitude.  Comment caractériser par exemple la super famille des cérambycidés, dont beaucoup de membres sont xylophages, alors que celle ci comporte 25000 espèces (supposées) aux caractéristiques qui évoluent au cours du temps et en fonction du climat, aux sous espèces faiblement différentes qui peuvent en outre cohabiter et se mêler dans une même pièce de bois ? Que dire encore de l’extraordinaire diversité qu’il existe au sein d’une même sous espèce en fonction du sexe, du rang et de la fonction de chaque insecte ??

 

Ces barrières rendent la notion d’insecte à larve xylophage utile en ce qu’elle repose sur une approche fondée sur les relations que certains insectes entretiennent avec le bois et non sur une approche fondée sur des critères entomologiques. De ce point de vue, les caractéristiques des insectes xylophages importent peu puisqu’ils sont tous ravageurs du bois. Par symétrie, les traitements qu’ils soient préventifs ou curatifs sont efficaces quelles que soient les espèces ou sous espèces concernées.

 

Dans la mesure du possible nous laisserons donc bien volontiers les questions entomologiques aux entomologistes esseulés et seules seront retenues, pour la présentation, des informations générales qui, si elles s’appliquent aux xylophages, sont communes à la plupart des insectes actuellement répertoriés.

 

PARTIE 1  Les ILX, présentation du cycle biologique:

 

Les ILX domiciliaires sont tous des insectes ailés (ptérygotes). Les ailes apparaissent au stade imaginal comme chez la plupart des insectes. Ils sont également tous néoptères c'est-à-dire qu’ils ont la faculté de replier leurs ailes sur le dos au repos.

 

Leur cycle biologique est holométabole, à savoir qu’ils subissent une mutation complète caractérisée par les stades larvaires, nymphaux et imaginaux.

 

  1. Ponte  et stade larvaire :

 

La ponte des œufs représente un défi pour la femelle adulte. Les adultes ne vivent que quelques jours voir quelques semaines et ne disposent pas du temps nécessaire à la détérioration du bois dans le dessein spécifique d’y déposer leurs œufs.

 

Par ailleurs,  l’endroit sélectionné pour la ponte des œufs doit être apte à assurer la survie des larves qui vont en sortir. Les larves étant rampantes (mobilité réduite) et doté d’un exosquelette fin et non pigmenté, l’endroit retenu pour le dépôt des œufs doit être en contact direct avec le bois et relativement à l’abri de l’air et de la lumière.

 

Ces conditions limitent considérablement les possibilités d’endroits qui sont, dans les habitations, de trois types : -  les fentes et interstices existantes du bois

-         les vides crées entre la maçonnerie et le bois (ex : partie encastrée d’une poutre, vide entre un faux plafond et un plancher en bois……)

-         les anciennes galeries creusées dans le bois par les générations précédentes.

 

Une fois déposé, le temps d’incubation est relativement court, de quelques jours à 2 mois.

 

  1. Larves xylophages et régime alimentaire :  

 

Le stade larvaire est de loin le plus important, tant dans la vie de l’insecte, que dans les rapports qu’il entretient avec le bois.

 

Ce sont les larves, de tailles relativement modestes (1 à 10 mm), dotés de mandibules broyeuses à peine visibles à l’œil nu, aux capacités de déploiement très limitées qui vont pénétrer dans le bois et y creuser des galeries desquelles elles vont extraire leur alimentation jusqu’à parfois anéantir la pièce de bois, c'est-à-dire la rendre dépourvue de toute résistance aux forces de compression et de traction. 

 

L’écart surprenant qu’il existe entre l’ampleur des dégâts et la relative inoffensivité  d’une larve prise individuellement s’explique au moins par trois raisons[1].

 

La première réside dans l’extraordinaire capacité d’adaptation métabolique qui se constate chez beaucoup d’insectes et notamment chez les xylophages. Cette adaptabilité signifie que les larves sont en mesure d’influer sur la durée de leur cycle. Elles sont ainsi capables de multiplier par 10 le temps nécessaire à l’émergence du stade nymphal en fonction des conditions climatiques extérieures mais également de la valeur nutritive du bois. Cette adaptabilité rend donc parfois la durée d’occupation du bois par une même génération extrêmement longue et dévastatrice. Une même larve peut vivre 10 à 12 ans dans la même pièce de bois.

 

Leur nombre est également à prendre en considération pour expliquer l’importance des dégâts. 30 à 500 larves par femelles [2] sont susceptibles de loger dans un même morceau de bois.

 

L’arme sans doute la plus redoutable dont elle dispose pour détruire le bois réside dans l’existence d’un système digestif particulièrement bien adapté aux composants du bois. Le bois est en effet composé de matières telles que la cellulose, l’hémicellulose et la lignine présentes dans ses cellules ou sur les parois cellulaires et qui sont extrêmement difficiles à digérer. Les larves xylophages ont la capacité digestive d’hydrolyser les composants du bois afin d’en extraire les glucides nécessaires à leur alimentation. Cette digestion s’opère de manière propre (présence d’enzymes spécifiques dans leur tube digestif) ou le plus souvent en symbiose avec des micro organismes déjà présents dans le bois tels que bactéries et micro champignons. Dis plus simplement, les larves sont capables de libérer du sucre à partir d’un morceau de bois ! Dépourvues de ce système digestif, les larves n’auraient aucune capacité de destruction du bois, ce, quelque soit leur nombre, quelque soit la durée de leur cycle larvaire ou encore quelque soit l’importance de leurs organes broyeurs. Cette capacité qui rend ces insectes assez uniques est une donnée essentielle à prendre en compte au niveau de la prévention des attaques xylophages et au niveau du choix de la qualité et de l’essence du bois (nous le verrons ultérieurement).  

 

Cet apport en glucides, résultant d’un mode de digestion complexe, leur permet de subir des mues successives aux cours desquelles leur taille vont grandir (et par voie de conséquence la taille des galeries creusées dans le bois) et leur exosquelette se renforcer.  

 

Toutes ces mues vont permettre progressivement la préparation des deux dernières mues, nymphales et imaginales.  

 

 

  1. Le stade nymphal :

 

Le stade nymphal est rapide, de quelques jours à quelques semaines. La mue nymphale symbolise la métamorphose, c'est-à-dire un changement radical d’aspect entre le stade larvaire et l’âge adulte, propre à tous les holométaboles. Cette mue s’organise dans une chambre nymphale située à proximité de la surface du bois. La nymphe est immobile et ne se nourrit plus ; elle se distingue de la larve par une dissociation nette entre  la tête, le thorax et l’abdomen. Les appendices sont également présents et repliés sur le dos. La nymphe a l’aspect de l’adulte sans la pigmentation de la peau et avec des organes reproducteurs non fonctionnels. 

 

  1. Stade imaginal :

 

La mue imaginale apporte à l’insecte la totalité de ses organes reproducteurs et sa pigmentation définitive. Une fois le séchage complet de ses téguments, l’insecte adulte n’aura qu’1 à 2 mm de bois à forer pour s’envoler. A la différence des points d’entrée des larves dans le bois qui sont à l’abri de l’air et de la lumière, la nymphe puis l’adulte seront guidés par la lumière pour préparer la sortie du bois. Les points de sortie sont donc situés dans les parties visibles du bois.

 

C’est donc souvent au stade de l’envol,  qui marque la fin de l’attaque d’une première génération, que les premiers indices de la présence de l’insecte dans l’habitation apparaissent.

 

Pour la ponte de ses œufs, l’adulte privilégiera les pièces de bois déjà attaquées par la ou les générations précédentes. Les points de sorties des adultes de la première génération seront ainsi les points d’entrées des œufs de la deuxième et les cycles continueront jusqu’à ce que

le bois n’ait plus aucune valeur nutritive et soit entièrement détruit.

 

SUITE : Les ILX : Solutions préventives (PARTIE II).

              Les ILX : Méthodes de détection de leur présence et traitement curatif (PARTIE III).

 

 

 

 

 



[1] La qualité et l’essence du bois attaqués seront abordés dans la deuxième partie.

[2] Mêmes si elles ne sont pas traitées ici, précisons que certaines espèces de termites pondent 80000 œufs par jour et par femelles reproductrices !!! TERMITES = APPEL A UNE ENTREPRISE SPECIALISEE


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Sources :

Auteur : Maxime

Commentaires de l'article


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Commentaire de gouloute :
Analyse très intéressante et instructive!!!Bon à savoir

Commentaire de adrienchateaureynaud :
article écrit par adrien châteaureynaud

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